mercredi 13 septembre 2017

"Les mots qui font mal" : pourquoi je n'aime pas cette vidéo


 Ce spot part d'une bonne idée et pourtant, je ne l'apprécie pas... 
Voilà pourquoi :

  •  En raison de petites phrases mises sur le même plan alors qu'elles n'ont pas nécessairement la même portée...
Dire "Tu ne devrais pas mettre ce T-shirt, il te fait des gros bras" n'a pas le même impact que "T'es une moins que rien !"
Dans le premier cas, le parent peut l'avoir dit paisiblement, simplement afin que l'enfant porte un vêtement qui le met en valeur. Si j'enfile un pull moulant, près du corps, il est évident que ça "va me faire des gros bras". En effet, ma corpulence n'est pas forte, mais j'ai quelques rondeurs et je risque d'avoir de "gros bras", or ce ne seront pas les bras de Popeye, de jolis bras musclés. ;)
L'intonation peut faire toute la différence. A titre personnel, j'aime autant porter des vêtements qui me vont, pas vous? 
Par conséquent, il y a la façon de dire les choses et les raisons pour lesquelles elles sont dites. 
"T'es une moins que rien !" jeté dans un moment de colère n'est certainement pas une phrase positive, mais là aussi, il y a une différence entre prononcer une telle phrase dans un moment de colère isolé et le répéter... Répété, c'est une véritable violence pour l'enfant. 
Ponctuellement, n'avez-vous jamais dit à votre compagnon qu'il était "nul", "pénible", "imbécile"?  Non ? Bravo car moi, il m'est arrivé d'avoir des mots que j'ai regrettés aussitôt, y compris des mots destinés à mes enfants... je ne suis pas violente pour autant... Evidemment, je me suis excusée aussitôt! Et, en règle général, je ne glisse pas encore sur ce versant des accusations blessantes et infondées, mais lorsque nous sommes fatigués, nous ne pouvons pas toujours être parfaits...
Selon moi, le fait que la forme soit aussi proche des vidéos pour les enfants maltraités impacte le cerveau en créant une forme d'amalgame, ce qui est difficile à vivre...  
Selon moi, ce spot est donc très culpabilisant...
  • Le deuxième regret est le suivant : je pense que ce spot est culpabilisant pour les raisons précédentes, mais aussi parce qu'il ne donne aucune solution concrète pour faire autrement, aucun conseil pour pratiquer l'éducation bienveillante ! Or, je pense plus positif et actif de partir de conseils concrets.
  • S'il s'agit de dénoncer la véritable violence psychologique, celle qui est vécue tous les jours, les associations sont donc mal choisies selon moi. Et là, c'est mon coeur d'enfant maltraitée qui saigne car en plaçant tout sur un même plan, en utilisant le même type de format, images, musique, on associe violence réelle (y compris psychologique) et mots blessants ponctuels. 
Or le risque est de revenir, une fois encore, à une sous-estimation de la violence subie par les enfants maltraités, celle qui est tue, celle qui tue CHAQUE JOUR DEUX ENFANTS !
Cette violence qui dérange...
Cette violence pour laquelle on entend trop vite "ils s'en remettront" parce qu'on la compare à la violence "ordinaire" vécue... Non certains ne s'en remettent jamais, tués par leur parent ou ne pouvant plus supporter la vie. Avec un tel spot, je crains l'amalgame de plus... et par conséquent la mise en danger accentuée, faute d'en réaliser l'impact... Nous avons TOUS vécu et probablement fait subir des mots blessants, nous n'avons PAS TOUS été maltraités.
La maltraitance est une tragédie bien trop sous-estimée et pourtant, nous pouvons tous agir, en ne fermant pas les yeux, en étant là pour les enfants maltraités que nous connaissons.

Alors oui, ne minimisons pas l'impact des mots blessants, mais attention à la forme pour lutter contre ceux-ci... 
Merci d'avoir lu cet article et à très bientôt !
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