jeudi 14 septembre 2017

Etre bienveillant avec un enfant agressif



Après le billet "Peut-on être bienveillant lorsque l'enfant n'est pas facile" (ici) et celui  intitulé "Etre bienveillant lorsque l'enfant est hypersensible" (là), je vous propose un nouveau billet destiné à vous donner quelques pistes lorsque l'enfant est agressif. 


En effet, face à cet enfant, il n'est pas toujours facile de rester serein, le doute survient rapidement, les pulsions agressives arrivent...
Face à lui deux tentations dominent :
  • Renoncer
  • "Serrer la vis"
 Je vous propose une troisième voie : la bienveillance.

Renoncer

A court terme, plus simple, plus reposant de ne plus dire non, de ne plus être dans l'opposition… Seul problème : l’enfant qui fait n’importe quoi, celui qui insulte, frappe, casse à tout bout de champ parviendra-t-il à se modérer seul ? Et s’il y parvient, combien de personnes blessera-t-il avant d’y parvenir ? 

"Serrer la vis"


Particulièrement tentant pour l’enfant qui part en vrille… Si ces enfants ont régulièrement besoin de limites extérieures, ce sont généralement des enfants qui supportent mal l’autoritarisme. L’autoritarisme (à ne pas confondre avec l’autorité) est l’imposition de règles particulièrement strictes, mais pas toujours fondées.

Régulièrement, les enchères grimpent… L’enfant défieur défie toujours plus. L’adulte cherche à imposer son autorité, à contraindre cet esprit frondeur. Les clashs s'accumulent... 

La bienveillance


Un seul billet me semble insuffisant pour vous donner quelques pistes, je vais toutefois vous en indiquer quelques unes aujourd'hui et j'écrirai un ou plusieurs autres billets dans les jours à venir.
  •  Prendre conscience de notre propre colère
Face à cet enfant, nous pouvons nous sentir en colère. Mais pourquoi ? 
Est-ce après lui que nous sommes vraiment en colère ? Ou bien est-ce après nous ? 
Parce que nous craignons le jugement d'autrui.
Parce que nous avons le sentiment d'avoir manqué à nos obligations de parent.
Parce que nous nous souvenons des reproches réalisés contre nous lorsque nous étions enfant... 
Parce que nous perdons pied et que nous ne voulons pas perdre pied...

  •  Quelles sont les raisons de ce défi permanent, de cette colère ?
A-t-il vécu des moments difficiles ? Est-il parvenu à en parler, à se libérer de sa souffrance ?
Discutons avec l'enfant : dans la majorité des cas, la colère est en réalité une colère dirigée contre lui! Pourtant, lorsque nous lui demandons "mais pourquoi es-tu en colère comme ça ?", il ne sait souvent pas quoi répondre. Il ne sait pas et peut même être tenté de se refermer sur lui-même ou de se mettre en colère. Si la colère prend trop de place, repoussons la discussion. 
  •  Que ressent-il ?
Lorsque nous reprenons la conversation, plaçons-nous à sa hauteur et changeons d'approche, demandons-lui ce qu'il ressent lorsque nous le grondons. Là encore, s'il peine à répondre, proposons-lui des émotions : joie, peine, colère, etc. Observons-le. Il n'est pas rare que l'enfant ressente de la joie, au moins en petite partie. Ne cédons pas à la colère en nous disant qu'il est heureux de nous mettre en colère. Il est en réalité surtout heureux que nous nous occupions de lui. Certains enfants deviennent ainsi de plus en plus difficiles car ils imaginent que c'est un moyen d'attirer notre attention.
  • Lui offrir du temps de qualité
Combien de temps passons-nous avez lui ? Chaque semaine, lui accordons-nous un moment d'échange? Pas un moment à courir dans un magasin ou aller à une fête, mais un moment où nous prenons le temps de nous voir vraiment, de nous arrêter, un moment où nos yeux se posent l'un sur l'autre.
Expliquons-lui qu'il n'a pas besoin de faire n'importe quoi pour que nous le regardions, nous sommes là, nous l'aimons. N'est-il pas plus agréable de partager un moment de complicité qu'un moment d'opposition ?
  • Il ricane lorsque nous lui parlons
Un enfant qui ricane est un enfant qui cultive le faux self... Il veut donner l'impression d'être cool parce que c'est ainsi qu'il vit les cours de récréation, il est celui qui assure. Ou bien il veut donner l'impression de ne pas être atteint pour nous défier ou se protéger... Il craint de souffrir, que nous nous écroulions, qu'il ne soit plus aimé... 
  • Le défi
Il semble sans arrêt nous défier. Il conteste toute autorité. Parfois l'enfant a le sentiment de vivre une injustice permanente, il pense être en mesure de décider seul, savoir ce qui est bon pour lui. Parfois, c'est le cas et nous le sous-estimons en tant qu'adulte. Parfois, il se trompe et nous sommes là pour assurer sa sécurité, lui apprendre à bien se comporter (ne pas frapper, etc.).
Essayons de supprimer certaines de nos interdictions, de nos remarques finalement pas si indispensables.
  •  L'ignorer momentanément
Certains enfants entrés dans une spirale de défi ou bien ne parvenant pas à exprimer peine et colère convenablement accumulent les provocations (jets d'objets, cris, coups). Respirons profondément, ne le regardons pas. Déstabilisé, sans public, il arrêtera progressivement ce comportement désagréable.
Intervenons uniquement si quelqu'un risque d'être blessé, c'est-à-dire en regardant du coin de l'oeil car régulièrement l'enfant testeur s'assure auparavant d'être vu par un regard rapide. Si ce regard rapide ne donne rien, il ne passe généralement pas à l'action. 
Puis, allons vers lui avec un sourire aimant, parlons-lui, intéressons-nous à ce qu'il fait.
Des gestes incontrôlés sont des appels. Ne pas répondre à ces gestes, mais répondre à l'appel montre à l'enfant qu'il est entendu. 
  • Une voix douce
Dans tous les cas, je vous conseille une voix douce. Observons ce qui se passe quand nous crions : l'autre crie plus fort, puis nous et ainsi de suite. Il est alors impossible de s'entendre. 
Optons pour une voix douce, posée. Même si c'est difficile, faisons appel à tout l'amour qui est dans notre coeur, cet amour transparait dans notre voix. Parlons doucement, bientôt l'enfant baisse le ton lui aussi.



Merci d'avoir lu cet article et à très bientôt !

Retrouvez mes livres là.

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2 commentaires:

  1. Merci beaucoup pour cette série d'articles qui me redonnent du courage pour poursuivre dans la voie que nous essayons d'emprunter. Je vais noter dans mon carnet tes conseils pour pouvoir les dégainer dès que je suis à court et que le lait est en train de bouillir sur le feu ! Et je vais creuser du côté de l'hypersensibilité de mon fils de 4 ans (est-ce qu'il y a des diagnostics de posés dans ces cas là ? Vers où chercher pour trouver des personnes susceptibles de nous aider ? le quotidien est assez difficile avec un 4 ans en demande permanente d'attention et qui risque à tout moment d'exploser et une petite de 2 ans a qui on veut laisser aussi une place...).

    Merci encore !
    Capu.

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    Réponses
    1. Bonsoir Capucine,

      Pas de diagnostic pour l'hypersensibilité, celle-ci pouvant être isolée ou bien s'inscrire avec d'autres particularités. Selon moi, un excellent livre pour mieux comprendre l'hypersensibilité : Ces gens qui ont peur d'avoir peur: Mieux comprendre l'hypersensibilité d'Elaine N.Aron.
      Je vais continuer de donner quelques pistes afin d'exprimer cette hypersensibilité, par exemple pratiquer le yoga pour les enfants (il y a des séances pour eux) ou d'autres activités permettant d'apprendre à se contrôler (karaté, etc.).
      Du côté d'une aide extérieure, cela dépend aussi des particularités de ton fils, en particulier si d'autres particularités s'ajoutent.
      Je pense que toutes les idées qui me viennent pourraient continuer de t'aider car j'ai déjà géré ce type de situation à plusieurs reprises, mais il va me falloir un peu de temps. :D
      En attendant, l'urgence est de prendre soin de toi en prenant régulièrement des moments pour toi, sans sollicitation, en demandant par exemple à un autre adulte de prendre le relai quelques heures ici et là, mais aussi en t'accordant quelques minutes bonheur chaque jour (lorsqu'il dort par exemple). Une petite activité que tu aimes, qui te relaxe, réalisée pour toi seule.
      Bonne journée !

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